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Convention scientifique
De la fabrique des connaissances à leur réception par la société civile

Les garant·es

Les membres de ce Comité assurent le bon déroulement démocratique, transparent et méthodologique de la convention. Leur présence renforce la crédibilité du dispositif vis-à-vis du public, des participants et des partenaires.

Les missions

Les membres

Quatre membres de plusieurs horizons (académique, société civile, médias) assurent le bon déroulé de la Convention.
Marie-Hélène - Garante Connaissance
Marie-Hélène Bacqué
Professeure des universités
Spécialiste de la démocratie participative
Lea - Garante Connaissance
Léa Bello
Vidéaste et journaliste au Monde
Emilie Frenkiel
Emilie Frenkiel
Maitresse de conférences
Spécialiste des Conventions citoyennes
Matthieu - Garant Connaissance
Matthieu Sanchez
Fonction territoriale
Spécialiste des Conventions citoyennes
Co-fondateur de Civipedia

Le regard des garant·es

La convention scientifique de l’IESF sur les connaissances scientifiques

La convention scientifique organisée à l’initiative de la fédération des ingénieurs et scientifiques de France s’inscrit dans un contexte de multiplications des conventions citoyennes pour le climat mais détonne par son mode de recrutement, son organisation et son objectif : mieux faire de la science avec et pour la société.

D’octobre 2025 à janvier 2026, une convention scientifique rassemblant 50 docteur.es et doctorant.es tiré.es au sort a travaillé sur la question de la place des connaissances scientifiques dans la société, le fonctionnement de la recherche, la compréhension de la démarche scientifique et la diffusion des savoirs. Cette convention, inspirée par la convention citoyenne pour le climat, a été organisée à l’initiative du Comité « Docteurs » de la fédération des Ingénieurs et Scientifiques de France ou IESF, créée en 1848 qui fédère 120 associations représentant 1,3 millions d’ingénieurs et scientifiques.

C’est la première fois qu’un mini-public est uniquement constitué de docteur.es ou personnes en cours de doctorat. Cet échantillon a été constitué de manière à être représentatif de disciplines scientifiques et de personnes travaillant dans le public et le privé, ayant étudié et vivant dans différentes régions de France et ce, à partir des 291 personnes ayant répondu à un appel au volontariat. Les 50 bénévoles se sont réunis à l’Institut d’études politiques Fontainebleau – UPEC, à l’Institut des arts et métiers de Chambéry, à l’Université de technologie de Troyes et Nantes Université pendant 4 week-ends rythmés par des conférences, des débats et des temps d’échange collectif. Les discussions ont été nourries par plusieurs études de cas : la pandémie COVID 19, la crise climatique et les instituts de sondage en contexte démocratique. Les 58 recommandations produites visent à faire « reconnaitre les connaissances scientifiques comme biens communs, co-produits, partagés et mis au service du collectif » (rapport, p. 56). Elles répondent à quatre grands axes : garantir l’accès aux sciences : (in)former, médier et sensibiliser ; co-construire et ouvrir les connaissances scientifiques ; interfacer sciences et société et transformer le système de recherche. Le rapport de 74 pages (https://conventions.iesf.fr/convention-connaissances/travaux/rapport) a été officiellement publié le jour de sa présentation formelle au Sénat lors d’une cérémonie organisée avec le soutien de Madame le Sénateur de l’Aube, Vanina Paoli-Gagin (https://www.iesf.fr/offres/gestion/actus_752_46790-1766/ceremonie-de-remise-du-rapport-de-la-convention-scientifique-sur-les-connaissances).

Contrairement à la question du climat, qui a donné lieu à un grand nombre de conventions citoyennes en Europe à toutes les échelles (voir la cartographie effectuée par le Knowledge Network Of Climate Assemblies KNOCA), la thématique des connaissances scientifiques n’a encore jamais été abordée dans le cadre d’une convention citoyenne, alors même que ce dispositif délibératif est parfois présenté comme un des outils les plus efficaces pour lutter contre la polarisation et la désinformation (Graham Smith, We need to talk about climate, University of Westminster Press, 2024). Dans un contexte où de nombreux.ses chercheur.ses se mobilisent pour transformer leur pratique dans l’anthropocène au sein de collectifs comme Labo 1.5, Scientist Rebellion ou encore l’Atecopol, le réseau des universités délibérantes UNIDELIB recense néanmoins trois conventions citoyennes organisées sur la question d’une recherche plus écologique : la convention pour une transformation écologique et sociale de l’Institut de Recherche du Développement en 2024 (https://www.ird.fr/convention-pour-une-transformation-ecologique-et-sociale) et deux dispositifs en cours : la troisième saison de la Conférence de développement durable de Nantes Université (https://www.univ-nantes.fr/universite/vision-strategie-et-grands-projets/la-conference-de-developpement-durable-de-nantes-universite) et les Assises de la recherche durable à la faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne (https://wp.unil.ch/assises-recherche-fbm/).

La convention scientifique de l’IESF se distingue également par le profil de ses initiateur.rices, jeunes docteur.es aux formations interdisciplinaires. Bien que sans expertise dans le champ de la démocratie délibérative, ils et elles sont parvenu.es à organiser le processus conventionnel sans faire appel à des prestataires extérieurs mais en se formant à la facilitation et en s’appuyant sur un conseil scientifique dont j’ai eu la chance de faire partie. Enfin, l’objectif volontairement ouvert de la convention est original : il s’agit de rédiger un rapport destiné à circuler largement et à servir de point de départ à de nouvelles discussions et investigations au sein d’institutions, collectivités, laboratoires, lieux de médiation scientifique etc. En effet, conscient.es des difficultés rencontrées après chaque convention citoyenne à garantir son influence directe sur l’action publique – évoquées lors du colloque au Palais du Luxembourg organisé le 23 février à l’occasion de la remise officielle du rapport – les organisateur.rices et les participant.es ont explicité la nécessité de poursuivre le travail auprès du grand public et des élu.es en présentant les recommandations produites « aussi bien comme des leviers concrets pour engager cette transformation à l’échelle locale, que des intentions appelant à un investissement du sujet par le politique : évolutions institutionnelles durables, engagement conjoint de l’ensemble des parties prenantes, etc. » (rapport, p. 56).

Cette convention scientifique est un processus intéressant à plusieurs égards pour les chercheur.ses en science politique. D’une part, il s’agit d’un « terrain » à part entière dans une démarche de recherche action pour la chaire délibération de l’UPEC mais aussi par les chercheur.ses organisateur.rices et participant.es qui pourrait donner prochainement lieu à des publications s’interrogeant sur les effets du recrutement d’un échantillon de docteur.es et de doctorant.es sur la qualité des délibérations et la prise en compte de la diversité et la complexité du champ, ou encore sur les outils numériques produits par les organisateur.rices. Le comité de pilotage a veillé à monter le dispositif de manière open source, offrant ainsi la possibilité à tout.e chercheur.se d’en profiter.

Le rapport et les ateliers qui commencent à être organisés pour porter le travail des conventionnels peuvent également intéresser la communauté des politistes en réponse aux injonctions de nos tutelles à nous inscrire dans une démarche de science avec et pour la société, de responsabilité sociale de l’université mais aussi dans une démarche réflexive sur la liberté académique, les relations entre science et politique, ainsi que les politiques publiques de l’enseignement et de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Enfin, cette convention scientifique s’inscrit dans un mouvement d’introduction de méthodes délibératives dans les universités françaises (une quinzaine répertoriée par UNIDELIB, https://citizens-assembly.org/fr/) qui s’étend depuis la convention citoyenne pour le climat, visant à inclure plus largement les différentes communautés universitaires, en particulier les étudiant.es et les BIATTS, dans la transformation des établissements (ces mini-publics sont 100 fois moins coûteux que les conventions citoyennes nationales). Elle peut donner envie aux collègues politistes d’accompagner le décloisonnement disciplinaire et statutaire par des processus complétant la démocratie universitaire par davantage d’horizontalisation et constituant des écoles de la démocratie pour nos étudiant.es et collègues. Cet engagement peut contribuer à redonner du sens au travail académique et à résister à la défiance envers la science et les pratiques démocratiques mais aussi aux effets délétères du sous-financement des universités, à la mise en concurrence et au mal-être au travail et dans les études universitaires.

Les garant·es